Menon Ramsamy : “A moi le marathon !”

Alors que Menon Ramsamy, 28 ans et champion d’Afrique australe 2003 de cross, s’était promis de remporter l’or aux 6es JIOI sur 5000m, c’est sur 10 000m qu’il a été sacré. Il revient sur cet exploit et explique vouloir se reconvertir sur le marathon.
En 1998, à la Réunion, après avoir décroché l’argent lors de la finale du 5000 mètres derrière le Malgache Haja Ramananjatovo, vous vous êtes alors fixé l’objectif de remporter l’or aux sixièmes Jeux sur cette même distance. Mais le destin vous a joué un drôle de tour…
J’ai ressenti un certain regret sur le podium réunionnais, et je m’étais alors juré de remporter l’or à la prochaine édition des Jeux. Cependant, le destin a choisi autrement : l’or était bien au rendez-vous, mais sur 10 000 mètres. L’important reste la médaille d’or, peu importe la distance !

Franchement, Menon Ramsamy, croyez-vous en cette médaille d’or après une saison qu’on pourrait qualifier de catastrophique avec cette grosse blessure au mollet ?
Quand je me suis blessé en France, j’ai perdu tout espoir. La seule question que je me posais était : est-ce que je vais pouvoir faire les Jeux des îles ? D’ailleurs, le docteur Hervé Stéphan m’avait dit que je pourrai récupérer pour les Jeux, mais que ce serait limite…

Mais, qu’est-ce qui vous a poussé à prendre le départ de cette course ?
Deux jours environ après mon retour de France, j’ai eu une discussion avec Jean-Claude Tour, mon coach. Et là il m’a dit : N’ais pas peur ! Je te connais depuis longtemps. Tu la remporteras cette médaille d’or ! Ce fut le déclic pour moi. Cette simple phrase a tout bouleversé. J’avais aussi une dette envers mon sponsor, Total. Nous avions signé un contrat de cinq ans qui devait aboutir sur une médaille d’or aux Jeux et j’espère que cette collaboration se poursuivra jusqu’aux prochains Jeux. Bref, tout ça a fait que, malgré cette blessure, j’ai eu envie de tenter le coup…

Ca a dû être un moment exceptionnel pour vous, cette victoire sur 10 000 mètres…
A vrai dire, jusqu’ici je n’ai pas encore savouré cette victoire. C’est peut-être parce que je ne m’y attendais pas, et peut-être aussi à cause d’une saison difficile. Je n’ai pas encore de recul pour goûter à cette victoire-là. Ce sera très certainement pour bientôt…

Mais ce poing serré sur la ligne d’arrivée voulait tour dire…
C’était un geste spontané qui résumait, en effet, l’émotion du moment. Mais, c’est dommage que certaines personnes aient mal interprété ce geste. Ce n’était pas pour ridiculiser l’adversaire. C’était toute ma frustration qui sortait. Je me suis libéré d’un coup. C’était ma façon de célébrer ma victoire sur le coup.

Votre victoire sur 10 000 mètres et celle de Dharamjai Jeetun sur 5 000 mètres permettent au demi-fond de sortir d’une dizaine d’années de disette…
Quelque part, effectivement, le demi-fond mauricien sort d’un cauchemar d’une dizaine d’années. C’est vrai que durant toutes ces années, le demi-fond coulait à pic. Il y avait, certes, quelques bonnes performances passagères, mais pas de consistance.

En repensant aux Jeux, avez-vous, quand même, quelques regrets ?
Oui ! Je regrette de n’avoir pu m’aligner sur 5 000 mètres. Et, malheureusement, mon coach, Jean-Claude Tour, n’a pu être présent au stade le jour de ma finale du 10 000 mètres.

Mais pensez-vous que ces deux médailles d’or peuvent contribuer à donner un nouveau souffle au demi-fond mauricien ?
Le complexe qui nous faisait penser que les Malgaches sont imbattables est tombé. Désormais, la jeune génération de coureurs sait qu’on peut gagner. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas eu de grosses performances chronométriques dans ces deux courses. Il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers à cause de ces deux victoires, et il faut impérativement que nos demi-fondeurs soient capables de courir plus vite lors des prochains Jeux. Mais c’est bien vrai que la médaille d’or est plus importante que la performance dans ce contexte-là.

Après cette médaille d’or aux Jeux et comme ça fait longtemps qu’on parle de Menon Ramsamy sur le marathon, peut-on espérer vous voir sur cette distance l’année prochaine ?
C’est sûr que je vais m’orienter vers le marathon. Ce sera peut-être pour l’année prochaine, mais je pense davantage à y tenter l’aventure en 2005.

Pourquoi 2005 ?
2005, tout simplement parce que j’ai envie de faire encore une bonne saison sur la piste, en l’occurrence la saison 2004. Et puis, l’objectif sera le marathon des septièmes Jeux des îles de l’océan Indien à Madagascar en 2007, je n’ai pas envie de me brûler trop vite.

Pourquoi avoir choisi le marathon ?
En fait, j’avais envie de tout arrêter après les Jeux des îles. Mon niveau me limite à l’océan Indien, c’est-à-dire que je ne peux pas viser au niveau africain ou mondial. La prochaine grosse échéance pour moi serait donc les Jeux des îles de 2007. Mais, dans quatre ans, il faut admettre que je ne serais plus compétitif sur 5 000 mètres ou sur 10 000 mètres. Par contre, je serai plus apte à courir le marathon, même si je sais que ce sera beaucoup plus difficile. Je songe, par exemple, à l’altitude… Finalement j’ai décidé de continuer, car je me sens encore capable.

Quel détail a fait pencher la balance ?
On me demande toujours à quand le marathon ? D’ailleurs, les techniciens – vu mes dispositions sur 5 000m, 10 000m et semi marathon – estiment que je devrais être capable de réaliser une bonne performance sur marathon. Et puis, un demi-fondeur quand il vieillit, il devient plus efficace sur marathon que sur des distances plus courtes. Maintenant, il faudra bosser pour s’attaquer au marathon.

Le marathon est, quand même, une épreuve tueuse d’hommes. N’avez-vous pas peur de courir 42 kilomètres ?
Je n’ai pas vraiment peur du marathon. J’appréhende juste les sept derniers kilomètres. Je n’ai jamais vécu ça, et je pense que ce sera, effectivement, très dur.

Vu l’influence de Jean-Claude Tour sur vous, il sera sans conteste un pion important dans votre aventure sur le marathon…
Ce n’est pas sûr ! Cette victoire sur le 10 000m des Jeux est peut-être la dernière du duo Tour-Ramsamy. Pour des raisons professionnelles, que je comprends parfaitement, Jean-Claude Tour ne pourra plus s’occuper de la préparation. Enfin, on sera fixé d’ici fin octobre.

Si effectivement cette collaboration Jean-Claude Tour-Menon Ramsamy s’achève ici, vers qui vous tournerez-vous ?
Pour l’instant, je ne pense à personne. Il faut dire que Jean-Claude Tour a eu une grosse influence sur moi durant plus de dix ans. C’est donc dur de changer de coach. Je préfère attendre sa décision avant de me prononcer là-dessus.

Reynolds QUIRIN
Crédit photo: Lindsay KADARASEN

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