Maria, comment t'es tu retrouvée sur l'affiche officielle des championnats du monde ?
En fait j'avais posé dans le cadre d'un livre de photos, conçu par Jean Galfione, consacré aux "Femmes Athlètes". L'image a plu au comité d'organisation de Paris 2003 qui a décidé d'en faire son affiche officielle par la suite.
Qu'éprouves-tu à être associée de cette manière à un si grand événement ?
Au début j'ai été surprise. Maintenant, on ne peut qu'être content de voir son image un peu partout. Mais ce sera bien surtout si cela permet de faire parler de la Centrafrique, qui reste un pays très peu connu.
Tu risques d'être beaucoup sollicitée par les médias pendant les championnats du monde. Cela ne te fait-il pas trop peur ?
Si je suis sélectionnée par mon pays, j'essayerai de ne pas me disperser avant et pendant la compétition. Sinon, je suis très ouverte.
Quand as-tu commencé l'athlétisme et comment es-tu arrivée au 100m haies ?
J'ai commencé l'athlétisme assez tard, à 19 ans. J'avais fait un peu tous les sports à l'école avant d'arrêter pendant un an. C'est mon frère Mickael, qui a longtemps lancé le disque pour la Centrafrique, qui m'a incité à faire de l'athlé. Par ailleurs, aux Jeux d'Atlanta, j'ai travaillé comme Officier du Protocole. Je n'ai pas été déçue et cette expérience m'a donné envie de continuer là dedans.
Mon frère connaissait François Pépin [l'entraîneur de Patricia Girard à l'INSEP, l'institut français du sport] qui a accepté de me faire passer un test sur le plat et m'a intégrée dans le groupe 100/200. Un jour, lors d'un entraînement, on a fait une séance technique sur les haies. Ce fut la catastrophe. "Les haies, c'est pas fait pour toi", a-t-il dit avant de changer d'avis la semaine suivante, lors d'un travail d'intervalle en quatre appuis que j'ai réussi directement.
Que dois-tu améliorer pour franchir un nouveau palier dans le haut-niveau ?
Je ne suis pas encore mature sur le plan technique. Je n'ai pas reçu de formation spécifique et j'ai appris sur le tas. On m'a toujours dit que je cours vite sans savoir courir. Pour le départ, il n'y a rien à dire, je suis une bonne partante, mais je n'arrive pas à enchaîner. Je passe trop de temps sur la haie. J'attaque de trop près. La jambe arrière revient trop lentement. Même si je rattrape un peu de temps dans l'intervalle, j'en perds encore beaucoup sur le franchissement. Je suis dans un groupe d'athlètes de haut niveau [le groupe de Guy Ontanon qui inclut notamment Muriel Hurtis et Sylviane Félix], alors l'entraîneur n'a pas toujours autant de temps à consacrer à ses athlètes qu'il le souhaiterait. D'un autre côté on apprend beaucoup à s'entraîner avec des meilleurs athlètes que soi. Les filles sont toujours en compétition entre elles mais elles t'encouragent et te conseillent bien.
Est-ce que tu suis régulièrement l'actualité athlétique ?
Je suis un peu, mais pas dans le détail. Je jette un oeil pour voir si ça va vite ou pas. Et sinon, il y a toujours quelqu'un dans le groupe pour nous prévenir que de bons chronos ont été réalisés. Je ne suis pas que les haies. Je fais de l'athlé parce que j'aime ça et c'est donc un peu normal que je m'intéresse aux autres disciplines. Mon frère lance le disque et ma soeur court le 400m, donc je regarde également ce qui se passe dans leur épreuve.
Alors que tu as passé la majorité de ta vie en France, tu as choisi de représenter la Centrafrique. Pourquoi ?
J'ai suivi la trace de mon frère. J'avais aussi envie de mettre en avant mon pays d'origine parce que personne ne le connaît.
Quelle est la situation de l'athlétisme en Centrafrique ?
L'athlétisme n'y est pas très développé. Il n'y a pas de piste en tartan, très peu d'infrastructures. Le pays sort de longues années de crise et tout a été détruit à cause des guerres. Là-bas, seuls les véritables passionnés font de l'athlé. Les jeunes sont plus intéressés par le basket-ball ou les sports de combat.
Les relations avec la fédération sont bonnes en tout cas. Elle est très compréhensive et on est régulièrement en contact avant les grandes échéances. J'envoie mes attestations de performance et j'attends ensuite de savoir si je suis sélectionnée ou pas.
As-tu déjà eu l'occasion de courir en Afrique ?
Oui, j'étais au Sénégal pour les championnats d'Afrique en 1998, en Afrique du Sud pour les Jeux Africains de 1999, et en Algérie pour les championnats d'Afrique 2000. En général, je préfère les Jeux [Olympiques, Africains, de la Francophonie] aux compétitions d'athlétisme uniquement, car les délégations sont moins restreintes et l'on a l'occasion de faire plus ample connaissances avec les athlètes qui vivent au pays.
Quel est le meilleur souvenir de ta carrière ?
Les championnats d'Afrique 2000 à Alger où j'ai remporté la médaille de bronze le jour de mon anniversaire.
Et le pire ?
Les Jeux Africains de Johannesbourg en 1999, à cause du froid. On était tous venus avec des affaires légères. On ne s'attendait pas à ce qu'il fasse si froid. Mais en Afrique du Sud, en fait c'était l'hiver. On a souffert.
Tes objectifs pour 2003 ?
Participer aux championnats du monde où j'espère passer au moins un tour et faire un podium aux Jeux Africains qui se tiendront au Nigéria en octobre.
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