CARACTERISTIQUES de la PREPARATION TERMINALE en vue d’une COMPETITION IMPORTANTE
Alain SMAIL Conseiller Itinérant Athlétisme Afrique
Francophone, CIAD de Dakar
Intervention au cours
du Séminaire sur le suivi scientifique de l’athlète de haut niveau, Tunis,
février 2004
Les études consacrées aux
caractéristiques de la préparation terminale en vue d’une compétition
importante sont nombreuses et variées (1). Un consensus semble se dessiner sur
certains principes et l’idée principale qui se dégage est que l’observation,
l’analyse de ce qui se passe chez l’athlète est la condition nécessaire pour
être au plus près de l’objectif à atteindre à un moment donné, la plus haute
performance.
L’objectif dans l’entraînement de haut niveau est donc bien l’optimisation
de la performance. A l’approche d’une compétition importante, certains moyens
de préparation spécifiques dans cette phase sont utilisés, comme la préparation
en altitude pour les épreuves à dominante aérobie en particulier ou la modélisation
de l’horaire et des compétitions spécifiques de compétition pour certaines
équipes. Exemple pour le dernier Championnat du Monde à Paris, les athlètes de
différents pays ont dû se préparer à s’entraîner à des moments particulier de
la journée, à des horaires favorables
(décalage horaire).
Pourtant, il ne faudrait
pas survaloriser l’importance de la
phase terminale par rapport à l’ensemble de la préparation.. Elle n’est qu’une
partie très spécifique d’une préparation d’ensemble qui a pour objectif d’amener
l’athlète en forme optimale pour une période donnée. L’efficacité de la phase
terminale de préparation tient dans ses caractéristiques propres, mais aussi
dans la qualité de l’ensemble de la préparation.
A. analyse des termes
Préparation terminale :
« La préparation
regroupe toutes les notions d’activités physiques, techniques et psychologiques
en vue de l’optimisation de la performance en compétition. »(Beaudou,
1987)
Terminale = il s’agit de la
phase proche de la compétition importante, mais la quantification de cette
phase peut varier énormément : de quelques jours (avant la compétition) à
une année (exemple pour une planification sur 4 ans)
Compétition importante = les
Championnats du Monde, les Jeux Olympiques., ou une compétition sélective importante
-la préparation terminale a t-elle une
spécificité ?
-se différencie-t-elle de
l’ensemble de la préparation ?
Dans l’entraînement de haut niveau le caractère spécifique est pris en compte tout le long de la préparation. La particularité sera les adaptations spécifiques à l’exigence de la compétition (horaires de qualification, conditions climatiques…) et aux adaptations fines en vue d’optimiser les capacités énergétiques et de préparer psychologiquement l’athlète à cette épreuve.
Voyons quelques unes de ces adaptations à l’approche d’une compétition
majeure :
C. adaptations mises en œuvre
-les charges de travail dans la phase terminale
-l’entraînement en
altitude
-les charges spécifiques
et les méthodes compétitionnelles
-modélisation de la
compétition
-la préparation
psychologique terminale
-l’échauffement
-l’ajustement terminal à
des contraintes réglementaires
1.charges de travail
La notion de
périodisation est étroitement liée au nom de MATVEIEV (1960) . Il fut le
premier à développer une synthèse de l’organisation adaptative des phases
concernant la forme sportive de l’athlète et de l’organisation de
l’entraînement (notion de charge) en vue de l’optimisation de la forme…
Le mérite de MATVEIEV réside sans aucun doute dans
le développement d’une structure complète de l’entraînement annuel. Ce fut la
naissance des sciences modernes de l’entraînement. Que faut-il retenir
aujourd’hui :
-toute
cette structure est basée sur l’exploitation statistique du comportement à
l’entraînement, le temps d’application des charges et le calendrier de mise en
forme.
-il
n’existait pas à l’époque de connaissances biologiques précises concernant
l’adaptation aux charges hautement spécialisées chez les athlètes de haut
niveau…
-
Matveiev souligna la signification
traditionnellement importante de la préparation générale (mise en forme), même
pour le secteur du haut niveau,
-cela
explique entre autres la disposition du grand volume de charges en période
préparatoire,
-finalement,
il n’existe pas d’orientation précise d’une approche individualisée dans cette
structure. C’était un modèle unique pour tous les sportifs!!! Un schéma rigide
remis en question par les progrès de l’entraînement de haut niveau

Le schéma de structure de l’entraînement de haut
niveau a bien été remis en question par TSCHIENE dans les années 80, grâce à son expérience de
l’entraînement de haut niveau et des résultats
des recherches de l’ancienne URSS. Sur le plan analytique il
comprend :
-une forme de vagues bien marquées des charges en
courtes phases, caractérisée par une alternance fréquente et typique
(quantitativement et qualitativement).
-une intensité de charge
élevée, dominée par des unités d’entraînement relativement courtes,
-un caractère dominant
spécifique à la compétition en ce qui concerne la charge
-un système de
compétitions individualisé
-la mise en place de
procédures prophylactiques à cause des charges intenses spécifiques à la
compétition
-une faible différence du
volume des charges (20%) entre les périodes de préparation et de
compétition…
2. entraînement en altitude
L’efficacité de l’entraînement en altitude moyenne
n’est plus à démontrer. Les modifications physiologiques engendrées, associées
à une grande rigueur dans l’entraînement avec un respect de chronologies garantissent une amélioration des
performances et sont un facteur sûr de progrès.
Les modifications physiologiques sont :
-acclimatement de 0 à 3
jours (diminution de la PPO2)
.accélération
de la FC de repos et d’effort, et de la fréquence respiratoire,
.augmentation
des temps de récupération,
.élévation de
l’activité enzymatique,
.phase d’hyper
excitabilité nerveuse : troubles
du sommeil
-élévation de l’activité
surrénalienne
-augmentation des réserves
de myoglobine
-adaptation provisoire
vers le 4ème-5ème jour, mais cet équilibre est fragile
-crise d’altitude entre le
8ème jour et le 10ème jour : palpitations, polypnée,
asthénie, troubles digestifs, contractures musculaires…
-phase d’équilibre
survient dès la 2ème semaine en altitude et permet d’évoluer
progressivement vers un entraînement normal…
Organisation de l’entraînement en altitude :
-période pré stage :
elle détermine le type d’entraînement
.période de
repos = phase de reprise en altitude
.période
active = phase d’ « affûtage »,
.période
intensive = phase de récupération et de rééquilibrage
-acclimatement : 0 à
3 jours
.travail à
dominante AEROBIE obligatoire : course et marche,
.acquisition
des habitudes d’hydratation et vestimentaires
-début
d’entraînement : 4ème jour au 15ème jour
.passer
progressivement du travail aérobie par un travail spécifique
. augmenter
les temps de récupération, diminuer les répétitions,
.planifier 2
jours de travail et 1 jour de repos relatif,
.possible
pendant cette phase : crise d’altitude : repos 24-48 heures
-au delà du 15ème jour :
.entraînement
identique à l’entraînement en plaine et conforme aux objectifs du séjour en
altitude (préparation foncière ou pré compétition)
-retour en
plaine :
les analyses statistiques sur
l’évolution des performances au retour en plaine concordent toutes pour décrire
3 moments favorables à l’accomplissement des performances :
.quelques
heures après la descente, dans l’intervalle de 3 à 10 heures,
.4ème
et 5ème jour : c’est la phase classique, retrouvée chez la
plupart des athlètes,
.au
delà du 12ème jour : c’est la phase la plus intéressante car la
plus durable. Elle persiste jusqu’au 30ème jour.
Nécessité de rechercher son propre comportement à
l’altitude…car des différences individuelles peuvent apparaître
La surcharge de compétition peut être une bonne méthode pour les sportifs de haut niveau pour se préparer à la grande compétition. Elle s’inclut dans cette phase terminale de préparation…mais demande une très grande connaissance de l’athlète et une réelle compétence de l’entraîneur dans de nombreux domaines.
4.modélisation de la compétition
En athlétisme, les
compétitions se déroulent avec des phases de qualification où une performance
élevée ou un classement dans les 12 premiers doit être obtenu, en général tôt le
matin. Il faut donc modéliser cette compétition et se préparer à cet
horaire particulier.
Exemple : le décalage horaire aux jeux de Los Angeles ou à Sydney…
C’est tout d’abord:
. « développer
la disposition des athlètes à l’augmentation de la capacité de charge,
.préparer la volonté à un
effort maximal dans les compétitions importantes,
.améliorer le contrôle de
soi et la discipline dans les situations stressantes « (Beaudou, 1987).
C’est également la préparation mentale de l’athlète par des méthodes de
relaxation ou de yoga ou autres. Pendant les temps de relaxation nous avons
l’habitude d’utiliser des périodes d’initiation à la visualisation, soit pour
une optimisation de l’entraînement, soit pour se concentrer et se préparer à la
compétition. Seul un entraînement
régulier et de longue haleine permet d’utiliser la visualisation comme
un outil concret d’entraînement dans le haut niveau.
6.échauffement
L’échauffement caractérise
la phase ultime avant la compétition. Il joue un rôle dans l’optimisation des
capacités de performance. On peut considérer qu’il remplit plusieurs
fonctions :
-intervient dans la
préparation psycho -physique et coordinativo - kinesthésique,
-prévient les blessures,
-joue sur la concentration
de l’athlète, sur la régulation du stress…
On distingue en général un échauffement général et spécifique
L’échauffement général :
-augmente les possibilités
fonctionnelles de l’organisme,
L’échauffement spécifique :
-prépare l’athlète par des
exercices spécifiques directement à la compétition (c’est-à-dire des
exercices qui correspondent à la structure dynamique et cinématique de
l’exercice cible (Weineck)
exemples : 3 x 60m pour
le sprinter ; 3 x 1 haie + 1 x 3 haies pour le hurdler, etc…
Si la compétition commence tôt le matin, mise au point d’un échauffement à
base de postures enchaînées et d’étirements, pour ne plus avoir de problèmes de
réveil musculaire et de disponibilité motrice …D’autre part dans certaines
épreuves comme la perche et afin d’éviter l’échauffement répété qui « épuise »
et augmente la sensation d’attente, les entraîneurs essayent souvent de
standardiser au maximum les
échauffements qui deviennent des rituels de préparation plus rassurants.(J.C
PERRIN, 2003)
Dans le haut niveau, des kinésithérapeutes sont souvent à la disposition
des sportifs et interviennent quelques fois juste avant la compétition par des
manipulations ou des massages ou de l’acupuncture, pour compléter
l’échauffement et surtout pour aider l’athlète à réguler son stress.
D’autre part, au sujet de l’affûtage et de la
performance maximale au moment J, Thibault et ses collaborateurs (Thibault G ,
Marion A 1996) posent le postulat suivant :
Réduire pendant quelques jours le volume d’entraînement tout en maintenant
le travail à haute intensité favorise l’atteinte d’une performance de pointe
L’analyse et la synthèse des études portant sur
l’affûtage permettent de répondre à la
question suivante : « Comment doit-on faire varier les composantes d'un
programme d'entraînement au cours des derniers jours précédant une compétition
afin d'obtenir la meilleure performance possible? »
Chaque partie d’un programme d’entraînement
augmente le niveau de développement des déterminants de la performance qui sont
sollicités, mais induit également une fatigue. Le niveau de développement de
chaque déterminant de la performance, de même que le niveau de fatigue de
l'athlète, évoluent en suivant leur patron respectif, selon la distribution des
périodes de sollicitation plus ou moins élevée et des périodes de repos, et ce,
à petite échelle (p. ex. une journée) et à grande échelle (p. ex. la semaine,
le mois). En général, lorsqu’on réduit le stress d’entraînement, le taux de
réduction de la fatigue est plus grand que le taux de réduction des qualités
physiologiques.
Ce qui détermine le niveau de performance d’un athlète à un moment donné,
c’est son niveau de fatigue autant que le niveau de développement de ses
qualités physiologiques. Un bon affûtage vise donc à réduire au minimum le
facteur fatigue, tout en veillant à ce que le niveau de développement des
déterminants de la performance diminue le moins possible.
Exemple n°1: préparation de Muriel HURTIS avant Séville
(revue A.E.F.A., n°156,1999
J-9
Musculation |
J-8
Technique
de course + pelouse |
J-73x (60-150m) R=3’ RS=10’ I=6.93/17.50 7.02/17.33 |
J-6
2 x
250m R=20’ I=30.55 et
30.58 |
J-5
REPOS |
J-4voyage |
J-3Footing +
échauffement |
J-2musculation |
J-1 repos |
J-10
10 x 1000m
I=3.05 R=1-2’ |
J-9
20kms
I=1h20 |
J-8
-45’ à 4’ au km -45’ à 4’ au km |
J-7
10’+8’+6’+4’+10 à 3.15 au km R= 5’ 4’ 3’ 2’ |
J-6
45’ à 4.10 au km |
J-5
Fartlek 2x10x1’ I=3’ au km R=30 » et RS=3’ |
J-4
45’ à 4.10 au km |
J-3
REPOS |
J-2 = 30’ lent J-1 = 30’ lent |
Exemple
n°3 : COLLINS,
110m haies BARCELONE…
J-93x30m+1x40m
+ 1x50m + 1x60m |
J-8 Technique
haies: 2x2h + 1x4h + 1x5h + 1x6 haies |
J-7 REPOS |
|
J-6 3x30m
+ 3x40m + 1x50m + 1x60m |
J-5 Départs
haies: 2x2h + 2x3h
+ 1x4h |
J-4 6 x
60m en accélérant (20-20-20) |
|
J-3 Technique
haies |
J-2 REPOS |
J-1 COMPETITION |
CONCLUSION
« Dans l’ensemble de
la préparation, il ne faudrait pas sur valoriser l’importance de la phase
terminale. Elle n’est qu’une partie très spécifique d’une préparation
d’ensemble qui a pour objectif d’amener l’athlète en forme optimale pour une
période donnée. Une bonne organisation de la phase terminale de la préparation
ne pourra compenser une forme trop précoce ou trop tardive, des charges d’entraînement
annuelles mal équilibrées.
L’efficacité de la phase
terminale de préparation tient dans ses caractéristiques propres, mais aussi
dans la qualité de l’ensemble de la préparation ».
Beaudou A , cours du CNED, préparation à l ‘agrégation
d’EPS, 1987
Collectif d’auteurs, « Trainings lehre » (théorie de
l’entraînement), D.H.F.K., Leipzig, 1976
Houmard JA ,Impact of reduced
training on performance in endurance athletes 1993 Sports medicine 12:380-93
Houmard JA ,Johns RA Effects of taper on swim performance: practical
implications. . 1994 Sports medicine 17:224-32
Neary JP, Martin TP, Reid DC , Burnham R , Quinney HA The effects of a
reduced exercise duration taper programme on performance and muscle enzymes of
endurance cyclists 1992 Eur J Applied Physiol 65:30-36
Shepley B, Mac Dougall D, Cipriano N ,coll Physiologic effects of
tapering in highly trained athletes 1992 J Applied Physiol 74:706-11