Récits de Maputo - Jeux Africains 2011

par Carole Fuchs

 

Les galleries photos de la compétition se trouvent ici.

 

Dimanche 11 - Jour 1

Belle pagaille au triple saut féminin

 

Les journalistes souffrent beaucoup de la désorganisation ambiante au stade de Zimpeto, aucun résultat n'est arrivé jusqu'en salle de presse durant la journée. Malheureusement les athlètes aussi en font les frais.

 

Arrivée dans la zone du triple saut pour m'enquérir de l'évolution du concours, je trouve les entraîneurs et officiels algériens très remontés. "Mais ce n'est pas possible. Les juges ont mesuré un saut d'une athlète nigériane à 14.47m, elle n'a jamais sauté cette distance, elle leur a dit elle-même, mais les juges ne veulent rien changer". Quelques minutes plus tard, c'est la pagaille sur la piste. Le concours sera interrompu pendant plus de 15 minutes de palabres, mais chaque camp campe sur ses positions.

 

Il n'y a pas de panneau d'affichage. Résultat: personne n'arrive à suivre le concours, ni le public, ni les athlètes qui ne savent pas où se situent leurs adversaires. L'algérienne Baya Rahouli, favorite de l'épreuve après sa 8e place aux championnats du monde de Daegu a mordu ses 2 premiers sauts. Elle demande à voir la feuille des résultats et voit un saut à 14.47m pour une des concurrentes. Stupeur! Elle se tourne aussitôt vers son entraîneur pour savoir si une des participantes a effectivement réalisé une telle performance - Non. Puis vers les autres filles qui semblent aussi surprises qu'elle. La Nigériane Otonye Iworima, que ce résultat place de facto en tête de concours, va expliquer aux juges qu'il n'est vraiment pas possible qu'elle ait sauté aussi loin. Mais les juges ne l'écoutent pas. Il y en a même un qui aurait dit "Mais si vous avez sauté 14.47m, vous avez juste oublié". Devant cette obstination, des officiels algériens descendent sur la piste pour parlementer avec les juges. "Vous savez, il faut agir de cette manière, me dira l'un d'entre eux, autrement le résultat sera validé et on ne pourra plus rien changer". La situation s'enlise, le concours est interrompu. Les discussions n'aboutissent pas, le chef des juges indique aux  officiels algériens de déposer réclamation à l'issue du concours. 

 

Certaines athlètes prennent leur mal en patience, d'autres fulminent. Fatiguée de ne pas arriver à se faire entendre par les juges, Baya Rahouli dit: "Je suis vidée, j'ai l'impression qu'ils donnent n'importe quelle mesure aux athlètes". Elle arrivera cependant à se remobiliser dans la 2e partie du concours progressant respectivement à 13.54m, 13.97m puis 14.02m à son dernier essai, le seul saut au-dessus de 14m du concours. A la réception du 4e ou 5e essai d'Iworima, les membres de la délégation algérienne, venus en nombres soutenir Rahouli, laissent échapper leur frustration à l'égard des juges en chantant à tue-tête "Fifteen meters, fifteen meters".

 

Le concours se termine dans l'incertitude, les juges semblent finalement corriger la performance erronée à l'issue du concours, mais sans certitude, les officiels algériens vont déposer réclamation. Les fédérations sénégalaise, ougandaise et nigériane (toutes celles potentiellement concernées pas une médaille) ont fait de même.

 

Dans tous les cas, il en reste un goût amer. "C'est un peu déprimant" déclare Otonye Iworima qui si son saut à 14.47m n'est pas validé, se retrouve en dehors du podium, sans pouvoir savoir quelle aurait été la mesure exacte de celui-ci. Baya Rahouli dira: "C'est l'Afrique, on sait en venant que l'organisation ne sera pas fameuse, mais ce qu'on voulait, c'est une compétition honnête". Son entraîneur Mohamed Hocine d'opiner: "cette histoire fait du mal à l'athlétisme africain, après ça comment voulez-vous demander aux représentants de l'élite africaine de venir concourir sur le continent ?".

 

Mise à jour du 12/09/2011: le jury d'appel de la CAA a décidé d'annuler les résultats du concours et de le réorganiser le 15 septembre...  une mauvaise nouvelle sans doute pour l'ougandaise Sarah Nambawa, qui apparaissait visiblement blessée dimanche.